mardi 23 décembre 2008
vendredi 19 décembre 2008
How to mess up a night...
Bye Bye London, l’euro = 0.93£

Londres est vide. Je profite d’un moment dans cette tourmente pour laisser un petit mot à Romée. Comme il me faut éviter le plus possible mes mails, voila un p’tit point explicatif. En plein suicide financier collectif, j’ai eu le plaisir d’avoir un entretien avec Patrick Artus, responsable économiste chez Natixis. Pour mémoire, il avait écrit en mars 2007 ces simples recommandations :
• la liquidité va se raréfier (fin du "carry trade") ;
• l'économie chinoise va fortement ralentir ;
• il peut y avoir une récession aux Etats-Unis ;
• la profitabilité va se retourner à la baisse ;
• la crise du crédit immobilier "subprime" (et des crédits à taux
Variables, ARMs) aux Etats-Unis va déclencher une crise bancaire et
Financière.

Jusque là, on se féliciterait d’une telle clairvoyance. C’est sans compter la petite phrase et les trois pages de documentation soutenant cette simple ligne assassine pour ce polytechnicien :
« Or, toutes ces affirmations sont fausses. La crédulité et l'absence de sang froid des marchés financiers sont donc remarquables. »
On comprend mieux pourquoi en 3 mois chez Natixis, il a fallu leur fermer des fonds (40MM d’€ faciale), liquider la partie Equity Derivatives & Arbitrage Tokyo (a suivre, HK), prendre une paume probable de 450M d’€ grâce à l’incompétence chronique américaine et caracoler en tête des banques branquignoles française.
Partir hier soir à la City pour aller faire le ménage et retrouver le fantôme de Madoff planqué dans les fonds package de package, émis par des vendeurs d’aspirateur bancaire… Ce qui est impressionnant, c’est de voir que le monde ne change pas. La vieille guerre entre les « commerciaux » et les « ingénieurs » reprend aujourd’hui de plus belle. Je t’avoue que c’est un réel bonheur de se foutre de la gueule de ces sale qui se croyaient plus puissant que les traders et qui aujourd’hui vendent littéralement leurs chemises pour se payer le billet de retour à la défense, comme vendeur de tapis de bain chez Darty/Sarkozy à 28000 k€/an (salaire normal pour un commercial).
Désolé mais j’ai eu ce matin un board avec des commerciaux qui ne cherchaient qu’une chose, sauver leur peau et rejeter la responsabilité à l’inefficacité du service compta de payer leur dernière prime à temps. Sur le galion de la finance, les rats quittent le navire la bouche gavée de fromage et la gomina 2nd main sur les poils.
Londres va-t-elle donc redevenir une simple destination de villégiature pour vieux et un musée à ciel ouvert de la vanité financière ? C’est plus que probable. Le sterling n’est plus attractif et l’imposition à 45% des hauts salaires va décourager les 250 000 frenchie de se frotter à l’argent facile. On pourra constater une détente de l’immobilier mais le manque d’infrastructure industriel et économique ne pourront jamais pallier à la perte de la manne issue de la finance et des içnvestissements étrangers directs ou indirects (près de 52MM de £).
Pour en revenir à ta demande sur les « causes » probables de la stagnation puis les dérèglements (Hors Madoff) en bref : 4 points (résumé)
Disponibilité de liquidités
On sait que la liquidité résulte de la création de base monétaire par les banques centrales. Elle-même résulte aujourd'hui totalement de la création monétaire (de monnaie de banque centrale) qui provient de l'accumulation de réserves de change par les banques centrales des pays émergents et exportateurs de matières premières. Or, la base monétaire stagne dans l'ensemble constitué des Etats-Unis, de la zone euro, du Japon. Ceci vient du passage à une politique monétaire plus restrictive aux Etats-Unis et de l'élimination des réserves excédentaires des banques auprès de la Banque Centrale au Japon. Mais ceci n'indique absolument pas que la liquidité mondiale devient rare, en effet :
• la réduction des réserves excédentaires des banques japonaises ne correspond pas à un durcissement de la politique monétaire, précisément parce qu'il s'agit de réserves excédentaires, donc non utilisées par les banques ;
• la liquidité mondiale continue à croître très rapidement alimentée par la monnaie banque centrale créée à l'occasion de l'accumulation de réserves de change
Ralentissement de l'économie chinoise
Un des facteurs déclencheurs des reculs boursiers (y compris en Chine) est la crainte par les marchés financiers d'un ralentissement important de l'économie chinoise, soit spontané, soit organisé par le gouvernement chinois (il y a eu effectivement hausse des taux de réserves obligatoires des banques et des taux d'intérêt en Chine)
Evolution de la profitabilité
On entend souvent, comme explication du recul des bourses, l'impossibilité que la profitabilité (les résultats) continue à progresser étant donné le niveau atteint. On a vu en effet une forte croissance durable des résultats des sociétés cotées. Certaines craintes viennent, mécaniquement, de l'idée que le nombre d'années de hausse des profits est limité. Plus sérieusement d'autres craignent, à ce stade du cycle, une inversion de la hiérarchie des gains de productivité et des hausses de salaires réels.
Dans le passé, en effet, la baisse du taux de chômage amenait, à un certain stade, une hausse forte des salaires réels et une baisse de la profitabilité (le cas des Etats-Unis de 1997 à 2000 est très clair. Mais ce mécanisme a disparu aujourd'hui. Les hausses de salaires réels restent extrêmement faibles, même lorsque le taux de chômage est devenu bas, proche du chômage structurel (Etats-Unis, zone euro, Japon)
Etats-Unis
Les craintes concernant l'économie américaine viennent de la crise de la construction, liée à la correction de l'excès d'offre de maisons et par effet les subprimes. L'inquiétude a d'abord porté sur l'extension du recul de l'activité dans la construction aux Etats-Unis au reste de l'économie par les pertes d'emplois, la disparition des plus-values en capital sur l'immobilier. L'inquiétude est maintenant financière, liée à la liquidité. Avec la hausse des défauts dans le compartiment subprime des mortgages, certaines banques prêteuses sont en difficulté, et, par effet domino ou de hausse de l'aversion au risque, ceci pourrait conduire le système bancaire à réduire l'ensemble de la distribution de crédit aux Etats-Unis, y compris aux fonds, ce qui réduirait la liquidité.
Voili voilou, @ toute. Bon courage à ceux qui vont louper Noël grâce à la stupidité outre-atlantique.
Pete
lundi 8 décembre 2008
Blue Monday
Tout est réalisable,
Force est de constater que le vent tourne aussi facilement que la quote d’Alcatel. Finalement, il est rare de s’assurer un fonctionnement propre et linéaire. En ce sens, je voudrais lever mon poing, baisser ma retenue et crier au monde que « Non, le lundi est une journée magnifique et qu’elle est meilleure même que le vendredi ». 
Je sais, vous exprimez votre dégoût à cette accroche. Pete est encore dans ses délires anticonformistes et emprunt d’amour du contre-courant. Un Calvin de 30 ans. Et bien oui, vous avez raison, raison d’avoir tort, tort de croire que le lundi est une journée sans fin et sans saveur.
Le lundi, pour la plupart de nous, êtres humains, c’est comme un gros gâteau d’épinard dont il faut se taper la première part. C’est le métro (Paris, Londres ou NYC) pour les piétons, avec son cortège de visage, tous pervers pour les femmes et tous abrutis pour les hommes. Les effluves de parfums, de gel douche et d’haleine des fumeurs du matin. Le rêve de tous les philosophes grecs lorsqu’ils imaginaient le futur.
Le lundi, c’est aussi la descente du lit la plus lourde de la semaine. On y est entraîné par les restes non digérés d’alcool du vendredi-samedi et la tourte de maman du dimanche familial. Pour les chanceux, c’est le regard noir du partenaire dès
07h30 et son haleine de métro à l’état encore brut (c'est-à-dire non mélangé au fluor du matin). Un vrai bonheur, surtout si celle-ci est récemment invitée à passer la nuit, donc encore mystérieuse la veille mais terriblement banale le lendemain.
Le lundi, pour certains, est aussi la clôture d’un week-end pourri pour démarrer une semaine d’avance merdique. Comme un cycle sans fin ou on ne peut s’en tirer qu’à coup d’antidépresseur ou de cocaïne. Le lundi est le point d’orgue de cette vie sans ketchup pour les patates le midi et sans préservatif pour le gosse de 15 ans. Comme une perte de temps. Le lundi, c’est le « matin-rasage » le plus difficile pour l’homme et la journée « soutif-le-plus-pourri » pour les femmes. Comme une plante, on naît le vendredi soir et on meurt le lundi à 06h du mat.
ET pourtant tout ceci est faux. Le lundi, c’est la journée que nous devrions préférer. Elle a cette saveur incomparable qui donne au temps toute sa valeur. Le lundi, le monde est en berne et la cocaïne que je synthétise naturellement accentue grandement le gap entre mes voisins aux traits mécontents et ma vision rose-bonbon du lundi-tout-nu. C’est aussi le jour ou je trouve les femmes le plus jolie. Elles sont douces et perdues dans leurs pensées. Elles ont ce petit quelque chose qui donne envie de les serrer dans les bras, de les protéger et de leur dire
que la vie est si belle.
Le lundi est la goutte de rosée sur une fleur, pour l’observer il faut braver le froid, l’heure et la torpeur, mais cela laisse un souvenir impérissable. Le lundi est une félicité, surtout lorsque ma voisine met des bas et oublie que sur le desk, les sièges offrent une géométrie variable laissant poindre délicatement l’érotisme de la cuisse d’une femme. Mardi, elle oubliera cette désinvolture et sera rentrée dans sa semaine. Elle n’aura plus cette spontanéité, cette douceur et remettra un tailleur strict en serrant sa coiffure en chignon.
Le lundi est la journée ou chacun est au naturel et aujourd’hui, c’est Londres qui me manque.

